| Horizons et débats > 2009 > N°6, 16 fevrier 2009 > «L’ordre financier international doit être démocratisé» | [Imprimer] |
«L’ordre financier international doit être démocratisé»Ce que le monde peut apprendre de l’Equateurpar Karl MüllerA la mi-décembre 2008, le gouvernement de l’Equateur a cessé de payer les intérêts d’une partie de la dette extérieure du pays. Cette dette concerne des emprunts d’Etat (global bonds) émis par les gouvernements précédents jusqu’en 2006 pour amortir d’anciennes dettes bancaires. Ces bonds se montent à 3,8 milliards de dollars. Le 15 décembre, les intérêts auraient été d’environ 30 millions de dollars. Une dette extérieure «illégitime et immorale»Dans son rapport final de novembre 2008,1 elle arrivait à la conclusion qu’une grande partie des dettes accumulées entre 1976 et 2006 étaient «illégitimes et immorales» (Correa). La Commission a constaté qu’«il existait des indices sérieux de comportement illégal des créanciers» (communiqué de presse de www.erlassjahr.de 2 du 13/12/2008). Ainsi, «en 2000, des accords ont été conclus avec des chargés d’affaires équatoriens non autorisés afin d’effectuer un rééchelonnement de la dette précipité et préjudiciable au pays» (ibid.). Les négociations des dernières années ont été marquées par la corruption. Des taux surfaits, des accords irréguliers et des modifications ultérieures de contrats étaient monnaie courante. Ils résultaient de la pression des banques et du Fonds monétaire international (FMI). Président de l’Equateur: «Nous savons que nous nous mesurons avec de véritables monstres …»Les agences de notation étroitement liées à la finance internationale ont, dès la décision gouvernementale, attribué la plus mauvaise note de solvabilité (CCC) à l’Equateur, ce qui a fait dire très justement au Président du pays: «Nous savons que nous nous mesurons avec de véritables monstres qui essaieront d’écraser notre pays.» Soutien à l’EquateurLe soutien au pays n’est pas venu seulement de l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale et Prix Nobel Joseph Stiglitz («L’Equateur va-t-il devoir payer et sa population va-t-elle s’appauvrir à cause d’accords injustes? Je ne sais pas, mais il faut se poser davantage de questions.» tageszeitung du 14/12/2008) ou d’un réseau international d’intellectuels et d’artistes (cf. www.tlaxcala), mais également de la Suisse et de l’Allemagne. La Norvège annule des dettes illégitimesLe même communiqué de presse évoque l’attitude exemplaire du gouvernement norvégien: «Le gouvernement norvégien a en effet avoué que des crédits de développement liés à la vente de navires marchands à l’Equateur étaient douteux. Les crédits n’avaient pas été octroyés pour aider l’Equateur à proprement parler mais essentiellement pour servir les intérêts norvégiens, c’est-à-dire garantir aux chantiers navals nationaux de nouveaux marchés. En conséquence, la Norvège a décidé de renoncer aux créances envers l’Equateur qui résultaient de telles transactions.» Pays pauvres étranglés par les banques des pays richesAvec sa décision, le gouvernement équatorien met le doigt sur la nécessité absolue de débattre d’une question encore trop rarement évoquée chez nous, celle de l’étranglement des pays pauvres et de certains pays émergents par les établissements financiers des pays riches. Poussés peu à peu à contracter des dettesLes caractéristiques de l’étranglement sont toujours les mêmes: les pays qui, au début, n’ont même pas absolument besoin de crédits importants, sont poussés peu à peu à dépendre d’établissements financiers internationaux dont les principaux sont le FMI et la Banque mondiale, dominés par l’Occident. Cela en général au moyen d’intérêts usuraires (l’Equateur devait, avant la décision de son gouvernement, payer des intérêts de 20%), de rééchelonnements et de crédits imposés pour des grands projets insensés dont les seuls bénéficiaires sont souvent quelques grandes entreprises du pays des créanciers. Il en résulte que les pays endettés doivent centrer de plus en plus toute leur politique sur le payement d’intérêts. De plus en plus de contraintes néolibéralesAcculés, les pays concernés se voient imposer de plus en plus de contraintes néolibérales qui ont deux objectifs: il s’agit d’une part de détruire les structures saines de l’économie autonome et de livrer les richesses naturelles et l’argent du peuple à un petit nombre de profiteurs internationaux (notamment grâce à l’«ouverture» des marchés à l’étranger, aux «privatisations» et à des services publics de moins en moins accessibles). D’autre part, tout doit être «réglé» de manière à ce que le service de la dette obéisse à des taux de plus en plus élevés, même si cela doit conduire les habitants du pays à la misère. Si nécessaire, on met en place des gouvernements, voire des dictatures, corrompus qui gèrent tout selon la volonté des profiteurs et, le cas échéant, répriment brutalement les soulèvements. Il n’est donc pas étonnant d’apprendre que «de nombreux pays pauvres dépensent plus d’argent pour rembourser leurs dettes que pour la santé et l’éducation. Les pays en développement payent chaque année à l’étranger plus de 300 milliards de dollars en intérêts et en amortissements de leurs dettes, donc presque 4 fois le montant de l’aide au développement qu’ils reçoivent.» (www.deine-stimme-gegen-armut.de) La dette extérieure est un des principaux obstacles au développementLa dette extérieure est effectivement un des principaux obstacles au développement des pays pauvres. Jusqu’ici, toutes les déclarations et décisions des pays riches (G-7 de Cologne en 1999: Initiative Heavily Indebted Poor Countries – HIPC; G-8 de 2005 de Gleneagles: Multilateral Debt Relief Initiative – MDRI) n’ont guère amélioré la situation. Au contraire: on a posé aux pays pauvres comme condition de l’effacement de leur dette qu’ils soumettent leur politique économique et financière à des contraintes néolibérales. Quelques-uns des pays dont on avait effacé la dette dans le cadre de la MDRI ont vu leur aide au développement réduite d’autant. Ce sont encore les créanciers seuls qui décident en maîtres de ce qu’ils vont donner. On retrouve là l’ancienne et la nouvelle mentalité colonialiste. «Il y a longtemps que le système financier ne fonctionne plus»Dans le supplément du numéro 4/9 de Reformierte Presse, le porte-parole de «Pain pour le prochain», Björn Lampe, a très bien répondu à la question de savoir quels enseignements on peut tirer de l’actuelle politique catastrophique. Dans son article intitulé Nichts Neues unter der Sonne. Das Finanzsystem ist schon lange dysfunktional, Lampe critique l’abolition des contrôles des mouvements de capitaux qui a eu lieu depuis les années 1970-80 sous la pression des multinationales et des grandes banques: «Très rapidement, les pays les plus pauvres en ont ressenti les effets: à l’époque, les banques disposaient de grandes quantités de capitaux excédentaires et accordèrent très généreusement des crédits aux pays en développement ou émergents. En raison des taux élevés, elles ont fait des profits élevés. Ces pays n’ont pas utilisé cet argent pour des projets à long terme et ils sont tombés dans le piège des dettes, c’est-à-dire qu’ils ont dû emprunter de plus en plus d’argent pour payer les intérêts.» Et aujourd’hui aussi, ce sont les pays les plus pauvres qui sont les plus touchés par le phénomène. Demandes d’erlassjahr.deA la fin de son article, Lampe énonce 4 demandes. Elles constituent la conclusion du présent article et devraient fournir la base d’un futur débat: 1 Le rapport peut être téléchargé en anglais ou en espagnol sur www.auditoriadeuda.org.ec/index.php?option=com_content&view=article&id=89 |
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